27 avril 2015 1 Commentaire

La fin des chefs (5) : chef, oui chef !

Notre rapport au chef est ambivalent : notre histoire est marquée par la logique hiérarchique, le modèle économique qui nous gouverne induit un besoin de chef, la complexité et l’incertitude se traduisent par une attente de chef, et en même temps l’hypermodernité provoque un rejet du chef et une défiance vis-à-vis de l’autorité.

Un héritage encore prégnant.

Les entreprises fonctionnent encore beaucoup selon les principes érigés par Taylor et Fayol : la division du travail et l’unicité du lien hiérarchique. Nos esprits sont fortement imprégnés de verticalité ! Peut-être cela explique-t-il les difficultés de nombreux managers à évoluer dans des entreprises matricielles, étendues, latérales, libérées… ? La « figure du chef » que nous avons reçue en héritage est qualifiée d’autoritariste et paternaliste, « aristocrate républicain, colbertiste et jacobin ». Rien de moins !

L’hyperproductivisme génère un besoin de chef.

Au-delà de notre héritage culturel, le modèle hyperproductiviste nous pousse à maintenir la prééminence du « chef » : il y a un besoin de coordination des acteurs de l’entreprise, disséminés sur des sites différents, jouant des rôles multiples, en interdépendance les uns avec les autres ; par ailleurs, le niveau d’exigence s’accroit, en termes de résultats attendus, ainsi que de contraintes à prendre en compte. Ce besoin de cohérence et de contrôle est renforcé par les fragilités auxquelles l’entreprise est confrontée : volatilité des clients, sensibilité en termes d’image, hyperconcurrence, etc. Il faut ajouter l’impact de la financiarisation qui induit un besoin de reporting, précis, continu, fiable. Enfin, la multiplication des normes et des règles rend l’exercice managérial délicat, imposant un regard contrôlant et… contraignant souvent.

Le chef, recours magique à la complexité et l’incertitude.

Si l’hypermodernité s’est traduite par un besoin de s’affranchir de l’autorité, la complexité du monde et l’incertitude qui l’accompagne ont généré à l’inverse un besoin d’autorité. Belle ambivalence que collaborateurs et managers doivent assumer ! Le chef est celui qui apporte une direction, une vision, une stratégie qui permet d’éclaircir la complexité. L’autorité (légitime) apporte un cadre qui permet de réguler les incertitudes, qui est contenant et rassurant. N’oublions pas, dans les cas extrêmes, le rôle symbolique du chef, qui constitue une sorte d’idéal du Moi, une surface de projections. Fantasmé dans ses capacités et ses pouvoirs, le chef se voit érigé en sauveteur magique (le retour à la verticalité comme remède à l’anxiété). Curieusement, le chef égocentrique, narcissique, qui a une grande confiance en lui, rassure !

Des dérives managériales.

Parfois, l’exigence à laquelle le manager est confronté est trop forte, génératrice de stress, qui se traduit par des comportements déviants, inappropriés. L’autorité devient autoritarisme, la dureté et la violence parfois s’installent comme des mécanismes de défense, transformant le manager en « petit chef », les collaborateurs et les pairs en victimes de la pression. Certains managers peuvent devenir agresseurs par peur d’être agressés. La crainte de ne pas être légitime, ou de passer pour un imposteur peut provoquer une surenchère de directivité. La confusion des places au sein des organisations floues peut accroitre le sentiment de ne pas être légitime, voire donner l’impression d’être manipulé : le manager est donneur d’ordres, cherchant à tout contrôler, manifestant sa défiance vis-à-vis des acteurs de l’organisation. Enfin, certains managers, emportés par l’hyperactivité, sont gagnés par leur « importance » supposée. Ils deviennent arrogants, convaincus de leurs omnipotence, et adoptent la posture du « grand-chef ».

Manager, un rôle de plus en plus difficile ?

En réalité, être manager est de plus en plus difficile à assumer. Les responsabilités sont multiples, pas toujours clairement définies, souvent partagées. Finalement, la majorité des managers est peu formée à la compréhension des mécanismes humains. La psychologisation des rapports sociaux n’a pas engendré de saut significatif dans l’assertivité moyenne des managers. Les relations interpersonnelles restent des affaires complexes ! Nombreux sont les cadres qui se plaignent de la faiblesse des moyens qui leur sont accordés au regard des objectifs qui leur sont assignés. Je les entends souvent dénoncer l’isolement dans lequel ils se trouvent pour assumer leurs responsabilités. Il convient de reconnaitre que l’on attend beaucoup d’eux : leadership, assertivité, agilité, charisme, bienveillance, aisance dans les rapports humains, … Devenus joignables à toute heure, ils jonglent entre vie privée, sociale, professionnelle.

En conclusion, la tentation du « chef » est encore présente, la dérive du « chef » est une des conséquences paradoxales des changements en cours.

Tout est en train de bouger, et, comme nous le verrons, la fin des « chefs » est tout de même proche.

Fanchic BABRON

Une réponse à “La fin des chefs (5) : chef, oui chef !”

  1. NAthael 1 mai 2015 à 18 h 06 min #

    Le chef! Les chef est un chapeau et un porteur de chapeau. Parfois aussi on couvre le chef. Il arrive aussi que le chef dirige un territoire voire même un territoire relationnel, on parle alors de chef-lieu. Pour la mise en musique du travail on dira chef d’orchestre. le chef mal vêtu est un chef haillon. Le petit chef revêche et de mauvais poil un chef’tif. Le chef de choeur n’est pas un don juan. le mot chef a plus de 300 synonymes et pas de féminin! Pas de chèfe, ou cheffe, tout juste un cheftaine, sorte de pucelle gardienne de minots en culottes courtes. Chef ne se conçoit que dans le mâle.
    Le chef grec est Kêphalê et l’on comprend bien la prise de tête et les céphalées des burn out des subalternes, subordonnés et autres exécutants. tient ces derniers mots ont des féminins – comme quoi tout est possible.
    « immolez donc ce chef que les ans vont ravir, / et conservez pour vous le bras qui peut servir. (Le Cid). Vous l’avez compris c’est bien de mon propre chef que de ma vie je n’ai supporté chef ni en second ni en premier chef. Jamais ne fus chef de…et ne me suis incliné que face à quelque chef-d’oeuvre. Pour conclure je citerai Molière: Ainsi que la tête est comme le chef du corps / et que le corps sans chef est pire qu’une bête / Si le chef n’est pas bien d’accord avec la tête / Que tout ne soit pas bien réglé par le compas / Nous voyons arriver de certains embarras… Le remède aux chefs despotes et tyraniques fut inventé par le sieur Guillotin. N’en perdons pas la tête. Salut. NM


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